” Bonsoir. J’ai jeté un coup d’oeil sur ton compte Twitter et je crois que l’on a beaucoup de choses en commun. Ça te dirait d’entrer en contact pour que nous puissions faire de plus amples connaissances?” m’a t – elle écrit en Juin dernier.
Un petit message sur Twitter aura suffi pour faire la connaissance de Sadya Touré et il fallait bien que je fasse connaissance avec elle un jour. Tellement de convictions partagées.
J’avoue que j’ai éprouvé quelques difficultés à rédiger cet article. Difficultés liées à trouver non seulement les mots qu’il faut pour exprimer tout ce que j’ai sur le coeur, difficultés liées aussi à être brève et concise dans ce que j’ai à vous transmettre ce soir. Ce texte risque d’être donc un peu long mais mon souhait est que vous puissiez le lire jusqu’au bout. Croyez – moi, vous ne le regretterez point.
Je n’aimerais pas que cet article soit perçu comme un recueil de critiques à l’encontre des hommes. Loin de là. Vous êtes nos frères, nos pères, nos époux, nos amis, nos collègues. Mais je ne vous cacherai pas que ces quelques lignes de cet article visent à dénoncer quelques hommes qui ne favorisent pas l’épanouissement familial, économique, social et intellectuel de la femme…
Sadya Touré est une fervente défenseuse des droits de la femme, une féministe radicale. L’excision est l’un des maux imposés aux femmes Maliennes, que dénonce Sadya Touré dans sa lutte de tous les jours.
“Après mon court sommeil, ma maman est venue me voir, elle m’a lavée et m’a ordonné de ne rien dire à mon père au sujet de mon excision! J’ai cru rêver,comment voulait – elle que je cache cela? J’arrivais à peine à marcher… Une fois de plus, on ne me demandait pas mon avis, j’ai compris que c’est cela être une fille, se taire, subir, cacher ses sentiments, apprendre à être hypocrite, à dire ou à faire ce que l’on ne veut pas, à être aimable alors qu’on déteste une personne. Ma mère a beau me demander d’être adorable avec la femme qui a été sa complice dans mon excision, je ne le serai jamais”. Page 32 du Livre ” Être une femme ambitieuse au Mali “.
Comme vous le voyez bien dans ce petit passage de son livre, Sadya a du mal à comprendre certains parents qui, en éduquant leurs enfants, les poussent à être faux, surtout les filles. A se taire quand elles souffrent ou face à une injustice, à sourire quand elles ont envie de pleurer!! Bien souvent, c’est parce que les parents préparent la fille dès le bas âge à être une bonne épouse et bonne mère dans le futur, aux yeux de la société. Une société qui au fond, ne fait que les étouffer, étouffer leur épanouissement.
Devrions – nous vivre pour être approuvées par la société et être malheureuses ou devrions nous vivre pour être heureuses tout en faisant ce qui est juste?
Je vous ai dit au début que nous partageons bien des convictions moi et Sadya…
Chez nous au Burundi, il y a un concept de ” Ubupfasoni ” dont je ne suis plus adepte depuis quelques temps. “Ubupfasoni”, cette éducation donnée aux filles Burundaises et qui consiste à se taire face à une injustice, être une femme battue la nuit et sourire à tout le monde le lendemain matin pour préserver la bonne image de son couple comme si le mariage ne reposait que sur la femme uniquement.
Le mariage se bâtit à deux à ce que je sache!!! Bref, pour moi “Ubupfasoni” n’est qu’une pure hypocrisie, une manière de vivre qui consiste à sacrifier son bonheur au profit d’un mari et d’une société qui n’en valent souvent pas la peine.
Parlez – moi du respect mutuel et de l’entraide mutuel dans un couple, mais ne me parlez pas d’une soumission aveugle d’une femme envers son mari. Et parlez – moi plutôt d’être sage au lieu d’être Umupfasoni car la sagesse s’applique aussi bien qu’à l’homme que la femme.
Hélas! En lisant le livre de Sadya Touré, j’ai découvert que c’est le même type d’éducation que l’on donne aux filles Maliennes. Afrique, Oh mon Afrique!
Où est donc la notion du self love et du self care dans tout ça? Pour moi, je juge bien que j’ai le droit de répliquer face à une injustice et s’il advient que je parle d’un ton élevé parce que je suis en colère, quoi de plus normal ! Je ne suis qu’un humain. La plupart des fois, le fond du problème n’est pas le fait de parler à haute voix, mais que ce soit une fille qui fasse ça. Parce que je suis du sexe féminin, je n’ai pas le droit d’être en colère? C’est illogique.
Oui ça fait un temps que j’ai rompu avec “Ubupfasoni” car sans vouloir me faire des éloges, je suis une fille pleine d’ambitions telle que décrite par Sadya Touré dans son livre.
Je veux dans le futur, et avec l’aide de Dieu, diriger ma propre entreprise et pour cela, il me faut bien avoir du caractère comme un homme pour y arriver. Il me faudra dire “NON” quand il le faudra, il faudra me battre, il me faudra être brave, il faudra bien que je m’impose pour la prise de certaines décisions.
Revenons donc un peu sur Sadya Touré, cette passionnée de l’écriture. Sadya est aujourdh’ui blogueuse sur Mondoblog, une plateforme des blogueurs de RFI, répartis un peu partout dans le monde entier.
Elle fait aussi du blogging sur Benbere , un projet financé par la Hollande au Mali regroupant les blogueurs Maliens. Benbere signifiant un Mali Pacifique, un Mali qui s’entend. Dans ses écrits, Sadya défend la femme urbaine, la femme rurale, la femme veuve, la femme célibataire, les aides ménagères, les filles -mère, bref la femme sous ses différents aspects. Pour elle, un homme infidèle ne vaut pas mieux qu’une femme infidèle et elle dénonce aussi le lévirat, cette pratique au Mali qui consiste à marier la femme veuve au frère du défunt.
Etant dans l’arène associative depuis toute petite puisqu’elle était depuis son très jeune âge dans le Parlement des enfants, elle croit en l’Afrique et elle croit aussi en la jeunesse africaine et fait tout ce qu’elle peut pour impacter la jeune génération. Des prix et des reconnaissances pour ce qu’elle fait, Sadya en a beaucoup reçu depuis son enfance jusqu’ aujourdh’ui: On pourrait citer entre autre sa nomination parmi les 100 jeunes les plus influents de l’Afrique de l’Ouest dans la catégorie de Leadership et Réalisations, par la confédération des jeunes de l’Ouest qui est une organisation de Jeunesse membre de la CEDEAO.
Comme Alimatou Touré, l’héroïne de son livre, Sadya sait lier soigneusement force et fragilité, douceur et puissance, beauté, élégance et intelligence.
Issue d’un père originaire de Tombouctou et d’une mère originaire de la ville de Ségou, Alimatou connaitra les douleurs de l’excision à ses 3 ans seulement. Avec un père protecteur qui l’a toujours motivée à aspirer aux plus grandes réalisations, Alimatou Touré sera élève brillante jusqu’à ce qu’elle termine ses études universitaires.
Et parmi ses amies, elle sera la seule qui a pu se battre pour pousser loin ses études, ce qui lui vaudra rejets et critiques de la part de certains membres de sa famille.
Parmi ses amies mariées, Mariétou est la plus malheureuse dans son foyer. Au Lycée, Mariétou était brillante et confiante en elle même. Mais après son mariage, son mari a réussi à installer le doute et le manque de confiance en elle, en critiquant chacune de ses initiatives. Femme battue, Mariétou sera tuée par son mari. Alimatou va pleurer la mort de son amie à ne plus en finir.
Alimatou a pris le risque de se faire larguer par un homme qu’elle aimait parce qu’elle ne trouvait pas très logique l’idée de laisser tomber son fellowship de YALI Dakar juste parce qu’elle était fiancée. De toute façon, d’après Alimatou, son fiancé n’aurait pas non plus sacrifié une mission de travail pour elle.
Et enfin, tout comme Sadya, Alimatou a de l’ambition. Être Secrétaire Générale des Nations Unies un jour, est son plus grand rêve.
Ayant longuement discuté avec elle sur cette problématique de la promotion de la femme et après avoir lu son livre, je n’avais qu’une seule question à poser à Sadya, cette jeune fille pleine d’espoir, pleine de vie et portant en elle de nobles valeurs et de nobles convictions.
Darlène: Sadya, aspires – tu à faire le mariage un jour?
Car je sais ce que risquent les filles comme elle. Bien qu’elles mènent un combat fort louable, leur chemin est parsemé de plus grandes critiques et les hommes auront souvent peur d’approcher une fille qui n’est pas prête à se soumettre comme ils le veulent.
Et telle fût sa réponse…
Sadya: Bien sûr que j’aspire à faire le mariage un jour. Avoir un bon foyer, un partenaire qui me soutiendra dans ma lutte et que je soutiendrai dans la sienne, avoir des enfants à qui l’on donnera ensemble de bonnes valeurs, est tout ce à quoi j’aspire en tant que jeune fille, en tant que future épouse et future mère.
Parce que des hommes qui défendent la cause féminine et qui croient en la femme existent bel et bien. Des hommes qui savent ce que c’est respecter leurs femmes et qui les encouragent à prospérer, existent toujours. Mon père illustre bien ce que je viens de dire , l’ancien Président des Etats Unis, Barack Obama est aussi un exemple très éloquent parmi tant d’autres.
Et elle a bien fait de me rappeler cela. A cause de certains mauvais exemples, l’on risque de se perdre dans le péssimisme.
Chers pères, chers époux, chers frères, chers amis, chers collègues, nous savons que les hommes pleins de bonnes valeurs comme vous, existent encore jusqu’aujourd’hui. Des hommes fidèles, des hommes protecteurs, des hommes qui savent élever leurs femmes, leurs filles, leurs soeurs au plus haut niveau… Vous êtes appréciés. Vous êtes honorés pour ça. Vous êtes des modèles pour vos filles, pour notre société. Des modèles pour l’Afrique et pour le monde.
Quand à toi ma chère Sadya Touré, c’est un réel plaisir d’avoir fait ta connaissance.
Darlène KEZA.
Comment avoir ce livre stp…
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