“Ce que certaines personnes ne savent pas peut être de moi, c’est que je suis passé par des obstacles avant d’être le Kigingi qu’ils connaissent.”
Kigingi est le genre de personne qui me fait rire. Qu’est ce que je prends plaisir à l’écouter à travers ses shows. 5 000 FBU à payer à l’entrée, c’est rien par rapport à cet agréable moment que je vais passer avec mes amis. J’oublie que le mot “problème” existe en ce moment. Impossible de ne pas rire et tout oublier.
J’aime connaître et savoir, je suis de nature curieuse. Je suis alors partie vers lui. C’est un vendredi 7 0ctobre à la Radio Buja FM. A 8h30 minutes du matin, je patiente. J’attends qu’il finisse son émission “Zinduka na Econet Leo”.
Je lui explique le but de ma visite.
“Le connaître”. Mais pas connaître n’importe quoi sur lui.
Connaître l’histoire qui se cache derrière son succès en tant que comédien.
J’avais une grande envie de connaître plus sur lui.
Ce que je remarquai déjà, c’est son côté sérieux quand il fait son travail au studio. Il reste humoristique certes, mais son travail est celui d’éduquer , conseiller à travers “Zinduka na Econet Leo”. C’est donc dans cet atmosphère de travail que cette conversation s’est déroulée.
Darlène : Bonjour Kigingi. Pourriez-vous nous faire une brève présentation de vous?
Kigingi : Bonjour. Je m’appelle Mugenzi Alfred Aubin et je suis né le 29 décembre 1983 à Mutanga Sud. J’ai fait mes études primaires à l’école Primaire de Mutanga Sud , et l’école secondaire au Lycée Gikungu et au Lycée Vugizo. Après j’ai fait l’ETS . Dans notre famille, nous sommes au nombre de 4. Deux filles , deux garçons. Et j’ai une maman adorable.
( Rires ). Elle aime lancer des blagues comme moi et mes deux soeurs aussi sont très humoristiques. Mon père aimait lancer des blagues également.
Darlène : D’où est venu le surnom “Kigingi”?
Kigingi (sourire aux lèvres) : C’est mon oncle qui m’a donné ce surnom. Lorsque j’étais petit , il disait que j’étais “Urwana rwirabura , rufise ibiguru binini vy’ibigaposho. Kera Kigingi wasanga ari abantu b’abakarani ku mafuso, wasanga ari banini”.
A mon grand frère, il a donné le surnom de Bokassa , à l’instar du nez de Jean Bédel Bokassa.
Darlène : Parle – nous de tes débuts…
Kigingi : J’ai débuté de jouer sur scène en 2012. Mais il ya toute une histoire derrière ce début. Depuis longtemps, je suis connu comme quelqu’un qui divertit et qui fait rire les gens. Quand je faisais encore du scoutisme, il arrivait qu’on me punisse en me faisant sortir parce que j’étais entrain de déranger “faire rire les gens”.
C’est ma nature d’être comique. Là où j’étais, il y avait toujours des éclats de rire. Mais avant la comédie j’ étais photographe et producteur de vidéos et j’avais une maison de production en ville, à la galerie du marché. Ce business dans lequel je cherchais mon gagne pain n’a pas réussi et j’ai commencé à imaginer comment je pourrais aller à l’étranger. Je voulais aller à Portland aux U.S.A. J’en ai parlé à ma famille et à certains de mes amis (Tony et Hervé notamment) et ils m’ont encouragé à le faire. Un jour, un ami que je venais de connaître à cette époque, nous invita chez lui. Il s’appelle “Aimé”. Lors des différentes discussions, un de mes amis m’a chuchoté “Où en es-tu avec le deal?”. Aimé a entendu cela et il a été curieux de savoir de quoi il s’agissait. Nous lui avons dit que j’étais entrain de chercher un moyen de partir.
Un jour, étant entrain de discuter avec Aimé, il m’a dit: “Kigingi, partir à l’étranger, à ton âge , en quoi cela te sera un avantage? Le temps de te trouver du boulot, d’apprendre la langue, tu auras quel âge? Reste içi et fais – toi une carrière en comédie.”
Je ne le comprenais pas à ce moment. Tout ce que j’ai pu lui répondre, c’est: “Non seulement je ne peux faire la comédie devant un public que je ne connais pas, mais non plus je ne peux faire ça comme un gagne pain.”
Aimé est quelqu’un de très bon , il aime voir les autres réussir. Mais à cet instant, je le voyais comme quelqu’un qui a vécu à l’étranger, qui rêve un peu trop mais qui ne veut pas voir la réalité en face. Pérsévérant, il m’a dit:
Je vais te montrer que tu peux.
Un jour, il m’a invité chez lui avec ses amis et quelques membres de sa famille. Impossible de tenir ma langue, j’ai commencé à lancer des blagues à ceux qui étaient à côté de moi. A un certain moment, tout le monde était entrain de m’écouter. Et je me suis finalement retrouvé au milieu d’eux entrain de parler avec des gestes.
Je me souviens de la belle soeur d’Aimé entrain de me dire:
“Kigi ndagusavy ugeze ngaho, umwana wanje ndamuruhishije aho natwengeye”. Elle était enceinte.
Aimé m’a dit : “Tu as pu faire rire les gens que tu ne connais pas. Pourquoi pas un grand public”?
Il était vraiment décidé, Aimé !!!
C’est ainsi qu’un jour, il m’a donné un rendez-vous chez la Reine Bar. Quand nous étions chez la Reine , j’ai taquiné le gérant en lui disant “Depuis quand vous avez un podium?” Peu de temps après , Aimé m’a avoué que c’est lui qui l’avait fait construire pendant la journée et qu’il voulait que je commence à jouer dans les prochains jours” .
C’est ainsi que le premier show était présenté sous le thème de : “Gira effort”. Et c’était parti….Je venais de débuter avec ma carrière.
Darlène : As- tu connu des moments d’échec dans ta carrière?
Kigingi (léger sourire) : Oui, j’en ai connu. Et parmi ceux – là, deux cas restent gravés dans ma mémoire.
Avant mon premier show “Gira effort” chez la Reine , j’ai été invité pour jouer avec Comedy Knight chez “Liquids”. Arrivé sur scène , il ya d’abord eu coupure de courant. J’ai commencé à transpirer, j’avais la sueur dans les mains et une voix qui tremble. J’ai entendu le public hurler: “Bouh…Bouh…En Français, en français”.
Hervé un ami, m’a fait signe de quitter la scène, discrètement. Je me sentais vraiment humilié. Ce soir là , je me suis soulé avec plusieurs Balticas. J’ai passé une semaine sans sortir de la maison. Mes amis me disaient:
” Les gens ont déjà oublié ça. Continue, tu en es capable”.
Mon deuxième plus grand échec s’est produit en 2014 au Rwanda. Je ne m’étais pas encore habitué au public Rwandais et ceux avec qui je jouais, jouaient tous en anglais sauf moi. C’était un vrai échec. J’ai demandé à ce que cette vidéo ne soit pas publiée sur You Tube.
Darlène : Quelle est ta plus grande réussite?
Kigingi : En publicité, c’est Vyemere Nivyo de Econet Leo.Cette publicité, a beaucoup contribué à ma promotion. Les gens aimaient cette pub et j’ai été connu d’avantage. C’est là où j’ai pris conscience que les choses que j’étais entrain de faire prenaient une tournure sérieuse.
Et ma plus grande réussite dans les shows, le show qui a le plus réussi, c’est celui qui avait pour thème: “Abarundi ga Yemwe”. Ce show a été le plus réussi car il avait eu lieu au Centre Islamique et j’ai pu attirer l’attention des gens jusqu’à ce qu’ils rentrent. En effet, quand un show se passe dans un bar, les gens peuvent se lever pour aller acheter une limonade par exemple, mais dans une salle, c’est différent. Ma réussite consiste au fait qu’ils ne s’ennuient pas. Chose que j’ai réussi à faire…
Darlène : As-tu des projets dans ta carrière?
Kigingi : J’aimerais faire des stages, et formations à l’étranger qui puissent me permettre d’évoluer dans ma carrière de comédien. Aujourd’hui il ya des marchés, que je ne peux pas gagner parce que je joue en Kirundi seulement.
J’aimerais aussi voyager à l’étranger pour jouer et revenir. J’ai déjà eu deux invitations de la part des Burundais vivant aux Etats-Unis pour y jouer, mais je ne suis pas toujours parvenu à y aller faute de visa.
Darlène : Es- tu satisfait de tes accomplissements?
Kigingi (sourire) : Je me souviens il ya de cela quelques années, je ne m’imaginais pas que je serai là où je suis aujourd’hui. Je rencontre par ci et par là , des gens qui me complimentent à propos de mes vidéos ou émissions que j’anime. Lorsque je voyais des amis avec qui j’ai partagé le même banc de l’école qui étaient des docteurs, je les enviais beaucoup parce que je voyais que c’étaient des gens importants dans la société. A cette époque, je passais mes petits matins dans les “apéro” faute d’emploi..
Aujourd’hui, quand je vois que de grandes compagnies comme Econet Leo ou Brarudi, ainsi que les grandes associations, veulent travailler avec moi, je me sens important et je réalise aujourd’hui que moi aussi j’ai une part à contribuer dans la societé.
De plus, je parviens à bien gagner ma vie, grâce à la comédie et aux portes qui m’ont été ouvertes grâce à la comédie. Que demander de plus?
Darlène : Qu’est que tu aimes dans la vie à part la comédie?
Kigingi : Etre avec les gens. Depuis mon jeune âge, je faisais des activités qui me permettent d’être en contact avec les gens. Si ce n’était pas le football ou le basket, c’était le scoutisme, et si ce n’était pas le scoutisme, c’était la chorale. Toute occasion qui me permet d’être avec les gens , m’enchante.
Darlène : De photographe au comédien le plus célèbre aujourdh’ui.. La vie est un mystère, non?
Kigingi : Pour moi, ce n’est pas la vie qui est mystérieuse, c’est Dieu qui avait un plan pour moi.
Darlène KEZA.